Mouvement

Arrêtons-nous sur le mouvement d’auto valorisation décrit dans le texte de 1964 : Si nous essayons de reconstituer le cheminement intellectuel et affectif de l’enfant …

Petit à petit, l’enfant prend goût à ses succès, à condition bien sûr que son entourage lui renvoie l’image positive de sa propre satisfaction face à ces succès. Intéressé par ces récompenses, il va rechercher des occasions de réitérer ses succès et s’intéressera volontiers à ce qu’il réussit facilement, par exemple, renforçant ainsi un intérêt spécifique devenu intérêt préférentiel pour tel type de situations, dans un domaine limité et déterminé à l’avance qui deviendra son intérêt majeur.

Que l’enfant découvre, très jeune d’ailleurs, « l’intérêt » d’avoir du succès ne serait pas un inconvénient majeur (à condition de s’entendre sur ce que « succès » veut dire ; et encore !...) si en contrepartie il ne nourrissait pas l’idée que l’on a tout aussi « intérêt » à s’éloigner des situations où il paraît risqué, pour sa propre image, de s’aventurer.

Ainsi orienté par la société et poussé par un don ou une tendance naturelle, le sujet… se détache de plus en plus de tout ce qui n’est pas son intérêt majeur.

Petit à petit l’enfant ne perçoit plus que ce qui se rapporte à ses intérêts au détriment -disons-le avec Simonne Ramain- de sa capacité à s’intéresser.

Cet « intérêt pour son intérêt » qui caractérise « l’intérêt pour soi » me semble être à la base de l’individualisme, « cette attitude qui tend à fixer la réalité de l’individu - dit Pierre Macherey dans la foulée de Michel Foucault- indépendamment de ce qui constitue son « dehors », et qui donc le considère comme une entité autonome, se suffisant à elle-même, refermée sur soi et sur le monde de ses intérêts, lesquels renvoient tous à l’intérêt primordial que l’individu se porte à soi-même ».

« Intérêt primordial », intérêt indispensable à l’activité humaine qui, dans une volonté captatoire, se traduit en intérêts compétitifs devenant vite la seule raison d’entrer en relation.

Ces intérêts compétitifs - dit Simonne Ramain - ne revêtent pas l’aspect éducatif qui permettra la connaissance de soi et soutiendra l’effort d’application dans tous les domaines.

Dans cette forme d’intérêt issue d’un « commerce » entre l’individu et son entourage, nous retrouvons une fois encore une subordination de l’intérêt à l’utilité escomptée - de l’entreprise plus que de l’objet - qui me fait dire qu’on ne porte d’intérêt qu’à ce qui nous rapporte ou peut nous rapporter un « intérêt » autrement dit, que c’est « par intérêt » qu’on « s’intéresse ».

Voici donc que « l’intérêt-motivation » rejoint le placement boursier ! C’est ainsi que l’étudiant qui -paraphrasant Jacques Brel - « devient pharmacien parce que son père ne l’était pas » ne trouve peut-être pas d’intérêt aux cours qu’il suit mais trouve un intérêt à les suivre, ce qui, la plupart du temps, lui suffit. De la même façon, tel ouvrier ne doit sans doute pas trouver sa tâche plus « intéressante » (et si c’était le cas ?) depuis qu’il est « intéressé » à la production, mais il constate qu’il a « intérêt » à augmenter celle-ci.

« L’intérêt moteur » est déclenché, que ce soit pour une satisfaction directe et immédiate, que ce soit en vue d’un objectif à atteindre.

Dans un cas comme dans l’autre, l’individu a soupesé - inconsciemment peut-être - le pour et le contre d’un engagement - s’intéresser à en est un - puis a pris une décision en fonction de son image du bonheur, de ses tendances hédonistes ou des pressions de son entourage, qui se chargent de décider de « son intérêt ».